Autour de ma collection de poupées : des récits d'enfance, des albums-photos, des renseignements et des patrons pour habiller les poupées !
Septembre, odeur d'encre et de craie, de livres neufs, de pommes rouges, de noix fraîches et de coings dorés... J'aime ta richesse, tes promesses, ta chaleur !
C'est une belle journée de septembre, et je pars au marché aux puces de ma petite ville ; je vogue tranquillement, me laissant mener par le flot des badeaux qui me mènent d'un côté et de l'autre ; je ne cherche rien en particulier, aucune hâte ne m'agite ; je flâne, je laisse mon regard caresser les vieux trésors étalés, sans m'y arrêter, je rêve, je goûte les odeurs, les couleurs ; des morceaux de conversations sans queue ni tête me parviennent, je n'essaie pas de comprendre : c'est comme si j'étais dans un pays étranger dont je ne connais pas la langue ; j'apprécie seulement la musique des mots, le timbre des voix...Je me sens bien, portée par une joie paisible...
Jusqu'à un banc devant lequel ma rêverie cesse brusquement : une petite demoiselle toute rose, les bras tendrement arrondis, me regarde d'un air étonné.
-C'est toi, c'est enfin toi ? semble-t-elle me dire de sa petite bouche arrondie.
Et quand je me penche vers elle, elle plonge ses yeux dans les miens :
-Tu en as mis du temps ! Je t'attends depuis des années !
Je relève la tête, un peu secouée. Le brocanteur me dit un prix. Je ne discute pas, je paie et je mets la petite sous mon bras.
Je goûte le plaisir de porter ce petit corps en plastique, un peu raide, tout léger. Est-ce la petite robe en laine ou mon humeur fantasque du moment ? Je vous promets qu'il me semble que c'est bon chaud, sous mon bras, et que ça irradie de joie...
Alors, sans hâte mais sans hésitation, mes pas me ramènent directement chez moi : quand on a la chance de rencontrer sa poupée, inutile de continuer sa quête, n'est-ce pas ?